Foule dans un stade

Dossier d'information La photographie à Genève

Les pratiques sportives (de 2016 à 2018)

En novembre 2016, la Ville de Genève a lancé l'enquête photographique genevoise consacrée, pendant trois ans, aux pratiques sportives et déclinée chaque année selon un angle différent.

Enquête photographique 2016 – Elisa Larvego

Une jeune fille aux pieds palmés, droite comme un soldat, l’eau ruisselant encore sur la peau. Un gladiateur du 21e siècle, vélo et maillet de polo à la main. Une équipe dans un vestiaire. Pour cette première enquête genevoise dédiée au sport, Elisa Larvego a choisi de photographier l’après, lorsque le souffle s’apaise et que les muscles se détendent. A l’image sportive faite de mouvement et de flou, elle offre une antithèse tout en temps de pause. La photographe capte une parenthèse. Ce joli contrepied permet au spectateur de se focaliser sur le corps – plus ou moins marqué par l’effort –, sur la tenue et les accessoires. Les modèles sont au centre du décor mais l’esprit est encore ailleurs. Elisa Larvego photographie avec pudeur, là où les clichés sportifs cherchent habituellement à souligner, au plus près, la fatigue et la sueur. La Genevoise a décidé de s’intéresser aux jeunes athlètes uniquement, parce qu’ils sont à l’âge où l’on se cherche encore et où le sport offre un clan et une identité.

Enquête photographique 2017 – David Wagnières

Alors qu’Elisa Larvego avait serré le cadre sur l’athlète dans son lieu de pratique, la sueur sur le front, la terre sur le maillot, David Wagnières, lui, ouvre l’espace pour nous montrer comment le sport occupe le terrain. En couches successives, un plan derrière l’autre, il met en scène les tensions et les interactions. Une pelouse de foot bientôt avalée par le chantier de la ville. A moins que ce ne soit l’inverse. Un nageur sautillant devant les hôtels alignés de la rade, comme un dauphin dans un parc d’attraction. Une fausse vache placardée au milieu de la forêt pour les archers et archères. Entre les couches, David Wagnières réussit à placer de l’humour – public américanisé pour catcheur mexicanisé. Et de l’émotion – dernière partie pour des joueurs de boccia avant fermeture du club. Le sport s’approprie le territoire ou s’y adapte. La diversité genevoise est célébrée.

En savoir plus sur cette enquête et le photographe

Enquête photographique 2018 – Christian Lutz

En équilibriste, Christian Lutz aime photographier sur un fil, de part et d’autre du système. Il aime se frotter aux limites. Pour le troisième volet de cette enquête consacrée aux pratiques sportives sous l’angle culturel, le Genevois s’est tourné vers le MMA, cette discipline mixant les arts martiaux et souvent présentée comme très violente et sans limites, justement. En Suisse et jusqu’en Thaïlande, il a suivi les adeptes genevois-es. En noir et blanc, il livre une série de portraits saisissants, faits de corps à corps et de regards ambigus. On ne sait jamais très bien si les personnages s’étreignent ou s’étranglent, souffrent ou se reposent. On peut presque sentir leur souffle, entendre leurs râles. Le photographe s’approche au plus près du sujet pour, paradoxalement, faire prendre au spectateur la distance nécessaire. Loin d’un voyeurisme malsain, il nous engage dans une empathie particulière. Chaque photographie, parfois très cinématographique, appelle à imaginer mais aussi à réfléchir. Christian Lutz interpelle sur les coups que l’on est prêt à donner et à recevoir. Question de limites.

Article modifié le 30.09.2021 à 16:18